Une journée dans le monde SOLID

Comment demain, le web sera différent

Cet article présente l’avenir du web en décrivant l’une de mes hypothétiques futures journées. J’espère qu’il vous aidera à comprendre les changements qui s’annoncent, à mesurer leur importance et à comprendre pourquoi nous sommes convaincus chez Startin’blox que nous changeons le monde en travaillant sur ces sujets. C’est parti !

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7h52 – Game is on!

Je me réveille d’une manière assez low-tech, je n’ai pas l’habitude de mettre un réveil. Le corps s’allume de lui-même lorsqu’il est complètement rechargé. J’aime commencer ma journée en lisant l’actu et avoir une idée de ce qui se passe sur Terre et au-delà.

Pendant des années, j’ai lu BBC news via leur application mobile, mais Dieu merci, cette époque est révolue. Ne vous méprenez pas, BBC news est une excellente source d’information mais à présent, toutes les agences de presse sont interopérables. Il existe des dizaines d’applications d’actu, la plupart d’entre elles open source et financées par les journaux eux-mêmes.

Celle que j’utilise me permet d’exclure les articles qui ont été classés par la foule comme fake news ou partisans. L’éditorialisation est crowd sourcée, et me permet de trouver les meilleurs articles au monde pour chaque sujet, parfois un billet de blog d’un chercheur, parfois un petit journal d’opposition du pays local, souvent encore, un journal reconnu qui est resté le meilleur média pour couvrir les sujets géopolitiques que j’aime suivre.

Chaque producteur d’info peut atteindre un public plus large qu’auparavant, et donc les questions de monétisation de la presse en ligne sont presque un sujet du passé. Il suffit d’être pertinent pour son public et il vous en récompense.

8h46 – On dirait que je vais bientôt voir ma copine

Ma petite amie vit à Lyon, et j’avais prévu de lui rendre visite le week-end prochain, alors j’ai mis en ligne sur mon profil SOLID (SOcial LInked Data) que je cherchais à me rendre sur Lyon à ces dates. En 24 heures, les 3 sociétés de transport auxquelles j’ai donné accès à mes data de transport m’ont fait 15 offres. La plus pratique pour moi était le départ en train à 11 heures ce vendredi. Il correspond bien à mon agenda, et je préfère le train car il est calme, fiable, le wifi est bon et je ne suis pas très bon en bavardage.

Malgré tout, j’ai fortement hésité avec le covoit’ électrique avec deux grimpeurs vendredi après-midi. Le fait de pouvoir contrôler mes données et de savoir qui y a accès a permis aux entreprises de transport en qui j’ai confiance de savoir que j’aime l’escalade et que je suis un écologiste convaincu. Je dois avouer que rencontrer des grimpeurs cools pour des séances en plein air est toujours attrayant, et un trajet en voiture électrique en France n’est pas si terrible en ce qui concerne mon empreinte carbone. J’ai cependant refusé pour cette fois : j’ai du travail à faire, mais l’offre était plus que tentante.

9h15 – Katia semble ravie

Je croise ma colocataire Katia dans le couloir, elle va au travail un grand sourire aux lèvres. Elle est ravie de me dire que ce soir, elle rencontre pour la première fois ce beau mec que la dernière application de rencontre à la mode lui a recommandé. La précédente application de rencontre qu’elle utilisait a fini par l’ennuyer parce qu’elle utilisait également ses données pour lui afficher des publicités ciblées entre les swipes et elle en a eu assez, alors elle lui a révoqué l’accès à ses données.

Le type qu’elle rencontre ce soir semble avoir tout pour lui plaire : ils pratiquent tous deux le yoga, il parle couramment le français et le russe, il utilise la médecine alternative, ils écoutent les mêmes chansons, apprécient les mêmes films, dansent la bachata et partagent tous deux une passion pour l’art et le design.

Je pense que je serais effrayé par tant de choses en commun avec quelqu’un. En fait, les applications de rencontre n’ont jamais vraiment fonctionné pour moi de toute façon. Voyons voir ce qu’il en est pour Katia, ou si le date parfait qu’elle imagine en ce moment n’existe en fait que dans son esprit. J’ai hâte d’apprendre comment cela s’est déroulé demain matin dans le couloir. Pour l’heure, elle vient de filer au travail, et moi je vais également entamer ma journée. Je bosse depuis la maison aujourd’hui.

10h30 – Je n’ai fait que mon devoir…

L’un de mes clients m’appelle pour renouveler le contrat d’hébergement et de maintenance de l’application web dont nous avons la responsabilité. Nous avions convenu que nous nous appellerions pour passer au crible les quelques couacs survenus au cours des douze derniers mois afin de nous assurer que l’année à venir se déroulera plus facilement. J’étais un peu nerveux mais dans l’ensemble, elle semble satisfaite du service.

Il travaille pour Coopératives Europe, une association européenne qui encourage l’intercoopération entre les coopératives européennes. Il conclut que, depuis qu’ils ont pu interconnecter leurs membres de manière plus fluide en ligne via Solid, l’activité commerciale au sein de la fédération a augmenté de 27 %, et la confiance envers la fédération s’est considérablement accrue. Les membres savent désormais qu’ils sont totalement autonomes, qu’ils ont chacun leurs propres applications, leur workflow de travail et leurs pratiques internes, et qu’ils peuvent malgré tout interagir en ligne et éventuellement contractualiser avec les autres membres de la fédération.

12h30 – La data, c’est le pouvoir

C’est l’heure du déjeuner avec Sylvain, mon associé de toujours. Il semble avoir encore eu une courte nuit. Il n’arrive pas à dormir depuis deux semaines, mais il ne m’en parle pas et je ne lui demande pas non plus pourquoi. Je pense qu’il sait que je suis là pour l’aider si c’est vraiment sérieux, en dessous de “vraiment grave” il ne prend même pas la peine de le mentionner. J’espère que la tempête passera vite.

Nous nous rencontrons pour discuter des positions de l’entreprise concernant les réformes actuelles que le gouvernement prévoit en matière de représentation des freelances et de leur système de retraite. Depuis quelques années, l’avis des acteurs économiques est pris en compte. Chaque entreprise référence l’URL de son serveur et sa clé publique de cryptage sur une blockchain privée lancée par le gouvernement pour garantir l’identité des votants.

Pour chaque consultation, les entreprises peuvent ensuite publier leur position sur leur propre serveur. Cela permet à leurs clients et actionnaires d’avoir une liste publique des positions prises par l’entreprise, et l’État peut recueillir les opinions et les votes sur une proposition donnée tout en laissant la discussion politique au plus proche des personnes concernées. De tels processus ont été mis en place quelques années après que le mouvement des gilets jaunes ait bloqué le pays pendant plusieurs mois, révélant un fossé grandissant entre la classe dirigeante et le reste de la population. Les gens se plaignent toujours bien sûr, mais désormais nous pouvons gouverner et aller de l’avant. L’excuse « Macron est un salaud » ne tient plus, d’ailleurs le pauvre homme n’est même plus au pouvoir à présent… Il est beaucoup plus difficile d’être contre une décision politique et l’institution qui la porte lorsque l’on sait que la plupart des entreprises et des citoyens l’ont directement soutenue. La légitimité des décisions est plus forte de cette manière, les gens se sentent plus écoutés.

16h45 – La data, c’est aussi la santé

J’appelle Sophie pour savoir comment évolue sa blessure à la jambe. Elle s’est déchirée l’ischio-jambier pendant que nous surfions ensemble il y a quelques semaines, et elle a revu le médecin hier pour une dernière série d’examens afin de déterminer si elle doit être opérée ou non. Malheureusement, il s’avère qu’elle a besoin d’une opération. Son tendon est totalement détaché de son bassin, et il doit y être rattaché à nouveau si elle souhaite courir à nouveau comme une gazelle.

Comme elle stocke toutes ses données médicales sur son POD en ligne, les médecins ont pu évaluer qu’elle avait de fortes chances d’être allergique à la piqûre d’anesthésie générale qu’elle allait recevoir, en se basant sur le fait que ses deux parents le sont. Ils utiliseront donc un produit alternatif, et Sophie ne vomira pas en se réveillant… Pas une grande victoire mais… c’est un peu mieux.

20h00 – C’est l’heure de manger !

Je vérifie mon application de fooding. Elle est gérée par une société qui indexe toutes les options pour s’alimenter à Paris, des restaurants aux cantines en passant par les produits faits maison, les boulangeries, les supermarchés et les food trucks. Mes critères sont simples : manger végétarien pour moins de 8€. Il semble que ce soir, la cantine de l’école locale ait des lasagnes aux aubergines en rab qu’elle distribue presque gratuitement, et je vais de ce pas en achèter !

20h45 – C’est l’heure de se détendre…

La journée a été longue, et il est temps de chiller devant un bon documentaire. Parce que mes amis m’ont laissé accéder à leur historique de streaming public – c’est à dire sans porno – je me retrouve à pouvoir choisir entre « Men of Rock » et « the Social Dilemma » grâce à leurs recommandations. J’ai choisi la géologie pour aujourd’hui, et cela donne envie d’aller grimper en falaise…

J’espère que vous avez apprécié ce voyage dans le futur du web. Nous sommes proches d’une relation plus saine avec la technologie. L’interopérabilité des données pour en garder le contrôle est une grande partie du chemin qu’il nous faut parcourir pour y arriver. Vous voulez réagir ou partager votre propre vision ? N’hésitez pas à me contacter : alex@startinblox.com.

Auteur/Autrice

Alex Bourlier

Co-president of Solid France Co-founder of Startin'blox & Happy Dev

Cet article a 6 commentaires

  1. Yaacov

    « L’utopie n’est pas une façon de fuir la réalité, c’est une façon de la changer. Et même la seule. »
    Sandrine Rousseau

    1. Alex

      Ah ah, c’est tellement beau ce que tu dis

  2. cette perspective est d’interopérabilité est passionnante mais ma question est comment réduire le temps passé en ligne ou avec le numérique et en même temps maximiser son contrôle sur ses données en tout en multipliant les services de ce type ou d »autres ?

    1. Alex

      Merci pour ton commentaire Renaud, et désolé pour le temps de réponse. WordPress ne me prévient visiblement pas quand je reçois un commentaire sur un article, je vais creuser le point.

      Je pense qu’il y a deux niveaux de réponses.

      Le premier, c’est qu’il est difficile de prévoir comment l’interopérabilité va modifier nos usages, et donc je ne peux pas te répondre de manière trop affirmative, car sinon je prédirai l’avenir, et… j’essaye d’éviter de prétendre que je sais faire ça.

      Une fois que j’ai dit ça, on peut observer que d’une part, dans le web actuel, les plateformes font tout pour nous montrer plus de pubs et donc nous faire dévorer des vidéos de chat. Ça nous coûte du temps.

      Également, le fait que les différents services ne soient pas plus intégrés a un coût. Je dois passer d’une interface à une autre : j’uploade mes photos de vacances sur Facebook, puis Whatsapp, puis par email pour ma grand-mère.
      L’absence d’interopérabilité a un coût en termes de temps passé.

      On peut espérer qu’un web décentralisé amène à la fois un meilleur contrôle sur les données personnelles by design, que les applications que la réouverture de la concurrence sur le web va permettre de créer seront moins basées sur le duo pub & vidéo de chat, et donc que je serai moins hâpé par mes applications tout en contrôlant mieux mes données.

      Rendez-vous dans 3 ans pour comparer ce commentaires à la réalité ?! 😉

  3. Merci pour cet article de vision. J’adore le projet SOLID.
    Juste, je me demande, est-ce à la technologie ou à la loi de protéger nos données ? Qu’est-ce qui empêche un service à qui j’ai donné accès à ma donnée SOLID de la copier chez elle pour l’utiliser après ?

    1. Alex

      Salut Florian,

      Merci pour ton commentaire.

      Alors je pense que c’est bien à la loi de protéger ta donnée. Ce qui empêche un service à qui tu as donné accès à ta donnée de le copier sans ton accord, c’est le RGPD. Il y est très clairement mentionné qu’il faut l’accord explciite de l’utilisateur pour exploiter ses données, et de préciser comment ces données vont être traitées et à quelle fin. Il faut également que la collecte de données soit proportionnée au service fournit, tu ne peux pas prendre tout ce qui t’arrange.

      Du coup c’est bien la loi qui encadre. Solid c’est juste une architecture du web un peu sexy qui permet de faire ça « by design » je dirais, mais je ne pense pas du tout que « code is law », c’est une vision très Far West des choses, et certainement pas la vision de la commission européenne sur le sujet.

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